• Une âme,Théophile Gautier

     

    Juste un poème de Théophile Gautier

    et un de mes gribouillis,

     quelques bleuets dont le foulard de pétales effilochés caresse le ciel

     Une âme

    C’était une âme neuve, une âme de créole,

    Toute de feu, cachant à ce monde frivole
    Ce qui fait le poète, un inquiet désir
    De gloire aventureuse et de profond loisir,
    Et capable d’aimer comme aimerait un ange,
    Ne trouvant en chemin que des âmes de fange ;
    Peu comprise, blessée au vif à tout moment,
    Mais n’osant pas s’en plaindre, et sans épanchement,
    Sans consolation, traversant cette vie ;
    Aux entraves du corps à regret asservie,
    Esquif infortuné que d’un baiser vermeil
    Dans sa course jamais n’a doré le soleil,
    Triste jouet du vent et des ondes ; au reste,
    Résignée à l’oubli, nécessité funeste
    D’une existence vague et manquée ; ici-bas
    Ne connaissant qu’amers et douloureux combats
    Dans un corps abattu sous le chagrin, et frêle
    Comme un épi courbé par la pluie ou la grêle ;
    Encore si la foi… l’espérance… mais non,
    Elle ne croyait pas, et Dieu n’était qu’un nom
    Pour cette âme ulcérée… Enfin au cimetière,
    Un soir d’automne sombre et grisâtre, une bière
    Fut apportée : un être à la terre manqua,
    Et cette absence, à peine un coeur la remarqua.

    Théophile Gautier

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